Article: Le plastique est interdit dans les crèches. Et dans nos cuisines ?

Le plastique est interdit dans les crèches. Et dans nos cuisines ?
Le 1er janvier 2025, une règle discrète est entrée en vigueur dans toutes les crèches de France. Depuis cette date, les établissements qui accueillent des enfants de moins de six ans n'ont plus le droit d'utiliser des contenants alimentaires en plastique pour cuire, réchauffer ou servir les repas. Même chose dans les cantines scolaires et universitaires.
Ce n'est pas une recommandation. C'est l'article 28 de la loi EGalim, codifié à l'article L. 541-15-10 du code de l'environnement, étendu ensuite par la loi AGEC aux services de pédiatrie, de maternité et aux PMI. Seules les communes de moins de 2 000 habitants ont un délai, jusqu'au 1er janvier 2028.
Ce que la loi interdit, c'est plus large qu'on ne l'imagine
Quand on lit les FAQ destinées aux professionnels de la petite enfance, la liste de ce qui doit disparaître est saisissante :
- les barquettes de cuisson et de réchauffe, à usage unique comme réutilisables ;
- les assiettes, bols et saladiers en plastique, y compris en polypropylène et en copolyester, même pour les préparations froides ;
- les carafes à eau en plastique ;
- les verres d'apprentissage à bec, le silicone étant assimilé au plastique ;
- les biberons, considérés comme des contenants de service ;
- les fibres végétales recouvertes ou modifiées avec du plastique.
Autrement dit : presque tout ce qu'on trouve au rayon vaisselle bébé.
Pourquoi le législateur a visé la cuisson, la réchauffe et le service
Le texte ne cible pas le plastique en général : il cible les trois moments où le plastique est chaud ou en contact direct avec l'aliment. Cuire, réchauffer, servir. C'est là que les matériaux travaillent, se dégradent et peuvent relarguer des substances dans la nourriture.
Et il l'a fait en priorité pour un public précis : les enfants de moins de six ans. Les tout-petits mangent plus par kilo de poids corporel qu'un adulte, leur organisme est en pleine construction, et leur système hormonal et nerveux est particulièrement sensible. C'est le raisonnement de santé publique qui a conduit à cette interdiction.
Si c'est jugé trop risqué pour un enfant de dix-huit mois à la crèche, la question se pose honnêtement : qu'est-ce qui change le soir, dans sa cuisine ?
Le détail qui devrait tous nous interpeller
Dans les consignes données aux crèches, une tolérance est prévue : les contenants en plastique apportés par les parents restent acceptés, à condition qu'ils ne soient pas dégradés et que les parents reçoivent des conseils à ce sujet.
La loi, en somme, s'arrête à la porte de la crèche. Le professionnel, lui, a dû changer tout son matériel. Le parent, non — on compte sur son information. Ce n'est pas un oubli du législateur, c'est la limite de ce qu'une loi peut imposer dans un foyer privé. Mais cela déplace la responsabilité sur nous.
Trois réflexes à la maison, sans tout jeter
- Ne jamais chauffer dans du plastique. Ni micro-ondes, ni eau bouillante, ni purée brûlante versée directement. C'est précisément le geste que la loi interdit en collectivité.
- Changer ce qui est abîmé. Une assiette rayée, ternie, déformée ou qui garde les odeurs a commencé à se dégrader. Le « sans BPA » ne dit rien du reste.
- Commencer par le contenant du quotidien. L'assiette et le bol servent deux à trois fois par jour, sept jours sur sept. C'est là que le remplacement a le plus d'effet.
Par quoi remplacer
Les alternatives retenues en collectivité sont l'inox et le verre. Pour des enfants, l'inox alimentaire 304 est le plus réaliste : il ne casse pas, ne se raye pas comme le plastique, ne garde ni odeur ni goût, n'a aucun revêtement susceptible de migrer, et passe au lave-vaisselle pendant des années sans bouger. C'est d'ailleurs le matériau des cuisines professionnelles et des hôpitaux depuis des décennies — ce n'est pas une nouveauté, c'est un retour en arrière assumé.
C'est exactement pour cette raison que nous avons créé les petites assiettes : de l'inox 304 sans plastique, conçu en France, pensé pour les petites mains et les premiers repas. Et c'est aussi pour cette raison que nous équipons désormais des MAM et des crèches qui doivent se mettre en conformité.
Où en est la loi aujourd'hui
Pour être tout à fait exacts : le 8 avril 2026, le Conseil d'État (décision n° 502935) a annulé les dispositions du décret du 28 janvier 2025 qui définissaient précisément les contenants visés — pour un vice de procédure, l'absence de notification à la Commission européenne, et non sur le fond.
Le principe de l'interdiction, inscrit dans la loi, demeure. Mais sans les définitions qui en précisaient le champ, il est aujourd'hui difficilement opposable aux établissements tant qu'un nouveau décret notifié n'a pas été pris. Une proposition de loi destinée à réinscrire ces définitions directement dans la loi a été adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale le 4 juin 2026 ; elle doit encore être examinée par le Sénat.
Les débats juridiques continuent. Le constat sanitaire qui les a déclenchés, lui, n'a pas bougé.
Pour aller plus loin
- L'adoption de la proposition de loi à l'Assemblée nationale
- Le guide de substitution des plastiques en restauration collective (ministère de l'Agriculture)
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